exposition GOLEM du 24 mai au 1 juillet

Publié le par l'art au garage

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GOLEM

sens&cri(t)s

 

 

Présentation de l’exposition par Patrick Le Fur - journaliste

FAUX SEMBLANTS ET VRAIS SIGNIFIANTS...

 

 

Souvent il n’y a rien dessus, tout est dessous. Cherchez.

Il nous a semblé judicieux de citer Paracelse - personnage célèbre, « culte », et mystérieux du XVe siècle qui, faut-il le rappeler, était autant médecin, chirurgien de surcroît, qu’alchimiste - pour « ouvrir » le texte de présentation de cette exposition.

À juste titre : « SENS&cri(t)s »...

Dès son intitulé, le « jeu » de mots est là pour nous guider... Dans un univers de peinture(s) et d’écriture(s), de sang et de sens, de corps humains ou typographiques, d’écrits qui crissent sur la page, de cris qui hurlent dans le silence profond de la toile ou du papier.

L’auteur donc, que nous appellerons ”Pade” pour respecter son désir de retrait en tant qu’homme, n’a pas choisi de prendre Golem comme nom d’artiste. Golem c’est le terme générique de son œuvre, son concept, son propos. En découvrant ce mythe intemporel et international, irriguant cultures et religions multiples, cet avatar de la création, déclare ”Pade”, tout s’est déclenché. Pourtant, comme il le souligne, il ne s’agissait pas de produire des œuvres sur ou autour de la « Créature », mais d’un travail d’amalgame.

Ainsi, pour aborder, si ce n’est comprendre, cette œuvre singulière et forte, ce travail de visionnaire où la magie et l’alchimie ont leur rôle, le visiteur se doit d’explorer les supports, les matières, analyser les strates, les couches. Couches de la peinture avec la facétie des pigments, couches du glacis, du vernis ; architecture de la composition avec la rigueur des structures ; subtilité des symboles et des « signes ».

De Paracelse, nous relèverons aussi que, là ou l’esprit souffre, le corps souffre aussi. Certes, même s’il ne l’a pas voulu et s’en trouve chagriné, au premier regard l’œuvre de ”Pade” peut
apparaître comme morbide. À l’évidence, ses « figures », dans leur force expressive, dans la crispation de leur chair, muscles à vif ou os à jour, yeux vides et visages en rictus, mettent le spectateur face à lui même : dans le malaise si ce n’est l’effroi.

L’humain est ici « dépouillé » (de la nudité, ici omniprésente, ”Pade”, évolue aujourd’hui vers la représentation du vêtement, chevelure comprise), pour mieux exprimer son genre : l’humanité, sans distinction de race, d’âge, à peine de sexe. L’horreur est humaine, la mort « justifie » la vie, le « bien-être » n’existerait pas sans la douleur, récurrente ; le bonheur, sans le malheur, inhérent !

Ainsi, soyons réalistes, voyons les « autres choses » en face, reconnaissons qu’on doit se détacher de la représentation, du motif. Car enfin, vous n’allez quand même pas croire que ”Pade” se « dépeint » ! Le vrai « motif », celui voulu par l’artiste, est « ailleurs ». Plus loin...

Cette « geste Golem » (en trois salles « blanches » ou « noires », que l’on peut voir comme autant de références à la magie) pourrait presque être considérée comme une sorte de rétrospective, puisqu’il s’agit d’une sélection de travaux s’étalant sur près d’une vingtaine d’années. Saluons le courage de L’Art au Garage d’oser exposer un tel travail puisque l’artiste n’a été, jusqu’à maintenant que fort peu exposé. Désormais il s’expose à tout et à tous. Et, préférant se définir comme un « artisan peintre », il explique que dans cette exposition, la majorité du travail se base sur l’écriture : celle du corps dans l’espace et de l’inscription, celle de l’écriture textuelle, mathématique, typographique - un jeu sur le phonétique, le symbolique  ... Ainsi, selon les phases de travail, il y a une recherche sur la corporalité, sur la matière, sur l’écriture, sur le rythme  ...

L’homme, âgé de 35 ans dont 20 de pratique artistique, s’estime pourtant être un « jeune peintre ». Émergeant certes, mais déjà tellement aguerri... dans son propre combat avec lui-même et le monde : celui des hommes et la planète Terre. Marqué par des études philosophiques et d’histoire de l’art, c’est en fait un autodidacte en matière d’arts plastiques. À l’incontournable question des références et des révérences, il cite J.M. Basquiat, J. Pollock ou encore Zao Wou-ki  ... Au fil du temps, avec acharnement et rigueur, il s’est « frotté » à de multiples techniques, peinture, dessin, écriture (six ouvrages de poésie à son actif). Son œuvre protéiforme et déjà conséquente, sous-tendue par la réflexion philosophique, est irriguée par la psychanalyse. Les titres de ses œuvres s’en font d’ailleurs souvent écho. Faites l’effort d’aller vers l’œuvre et l’artiste : avec eux, on a rendez-vous avec soi...

Alors que, d’une manière un peu hâtive, on pourrait voir ici le travail d’un peintre expressionniste, Pade  ” lui, lorsqu’on le questionne sur ces étiquettes à la colle aussi forte que superflue, se considère comme symboliste. Et lorsqu’on y regarde de plus près, on reconnaît, en « effet », à travers ces images spectrales,
fantomatiques, ces ectoplasmes et ces auras, qu’il a raison. Un écho pas si lointain de l’œuvre d’un Gustave Moreau, d’un Odilon Redon. Peinture poétique symbolique : en atteste, par exemple, un de ses petits formats : « L’Albatros », référence (et hommage) à Charles Baudelaire. En somme, tout se joue dans le symbole, la métaphore, parfois même un clin d’œil à la Peinture elle-même, dans son Histoire ; dans la profondeur surtout.
Profondeur au niveau du sens, de l’émotion, profondeur des épaisseurs, de l’empâtement et de l’empathie, des jeux de couleur et de lumière, de leur « correspondance » (nouvel écho à l’œuvre Baudelairienne ou Rimbaldienne que le peintre affectionne). De « peintures » (sur toile) en « papiers » (comme il aime désigner ses travaux relevant du dessin qu’il complète de post-it riches en indications écrites comme autant d’énigmes à découvrir), ”Pade nous propose un jeu entre Lui et Nous. Un jeu subtil, peut-être même pervers ou, tout du moins, une malignité à nous laisser, peut-être, découvrir ce qui est dessous... Regardez, plongez, osez... Lisez, décryptez, ressentez...

En guise de conclusion et d’ouverture !? À l’évidence, la force de cette œuvre de visionnaire réside avant tout dans son authenticité. ”Pade” nous propose de se laisser déborder par l’émotion ; disant seulement, franchement mais fortement, qu’il est plus question de sensibilité, de réaction aux intensités. Et, entre certaines visions christiques que l’on pourrait y trouver, ou allusions religieuses que le peintre y a volontairement glissé, Dieu (Diable ou pauvre pécheur souffrant et se débattant entre absurdité, monstruosité et fatalité, colère et désarroi) sait s’il y en a !

 

renseignements 0661919608

 

Galerie G - l'art au Garage

23 rue des Lilas

75019 Paris

métro Place des Fêtes

(à l'angle de la rue Eugènie Cotton)


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