mercredi 26 octobre 20h30 Projection "ROAD MOVIE" (32"), de Christophe Bisson

Publié le par l'art au garage

 

mercredi 26 octobre 20h30Image 7 


"ROAD MOVIE" (32"), 2010


premier projection parisienne du film en présence de son auteur Christophe Bisson

 

Autoproduit, tourné à l'économie précaire d'une mini-DV en autofocus, le film, qui se déroule dans un foyer s'inscrivant dans le même champ de psychothérapie institutionnelle que celui de La Moindre des choses de Nicolas Philibert, prend le pied complètement inverse des attentes du cinéma direct en institution. A partir de ses heures de rushes, Bisson n'a pas tenté de bâtir une narration classique, faite de suivi des personnages sur une période donnée, de développement psychologique, de constructions de raccords d'action, aux mensonges desquels il faudrait consentir. Plutôt que d'installer, Bisson perd, retranche, enlève, ne conserve que ce qui le saisit, dans une épure particulière, ne tendant pas à cette contemplation académique qui vérole tant de films, mais bien à une forme de stupeur. Y importe en somme quelque chose qui en renvoie à la temporalité de la peinture, sans pour autant qu'aucune raideur ne l'emporte. Le lo-fi numérique le permet, dont la vibration primitive anime l'image d'une pulsation unique. Bisson y trouve ses moments de parfaite suspension, travaillés par la lumière qui dévore chaque fenêtre surexposée, par la fragilité machinique de l'autofocus (défaut complètement magnifié dans l'époustouflant plan-séquence final, qui souligne très frontalement le rapport du film à la peinture, mais avec uniquement des outils de cinéma, notamment une utilisation de l'extrême bord-cadre franchement culottée et jamais vue ailleurs), par l'angoisse de l'effondrement qui menace chaque plan, et de fait par le ravissement de sa tenue malgré tout ; davantage que par quelque envie de scénariser. Le cinéma arrive autrement : à se poser des questions de représentation, sans en imposer aucune. Road Movie est un film de propositions de regards stupéfaits sur un monde de mouvements et de volontés suspendus, même souvent atrophiés. Qu'il n'y ait rien à y comprendre est une mauvaise analyse : tout y est à ressentir et tout y est senti - la folie, l'égarement, la paralysie intellectuelle, la torpeur médicamenteuse... La clinique n'est pas le motif du film : elle est sa nef, elle le porte davantage qu'elle y est contenue. C'est ainsi que Road Movie documente, mais sans jamais informer ; car il n'y aurait rien à dire." - Guillaume Massart

 


Publié dans rencontre-projection

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